À la découverte des grands vins du monde

Allemagne

L’Allemagne est un vieux pays viticole dont les vins ont jouit pendant des siècles d’une grande réputation. Au XIII è siècle le Rhin était la plus grande artère viticole d’Europe et les vins allemands s’exportaient dans toute l’Europe du Nord. Au début du XX ème siècle, ses rieslings comptaient encore parmi les vins les plus recherchés du monde. Les crises du XX ème siècle et la course effrénées aux rendements après 1950 ont terni leur réputation mais un nouveau souffle parcourt l’Allemagne viticole aujourd’hui.

Les régions et les domaines

La Moselle (Mosel en allemand) est une des régions viticoles historiques de l’Allemagne. Elle est aussi est l’une des plus spectaculaires. Ses vignes (8 800 ha) suivent le cours des trois rivières de la région (Saar, Ruwer et Mosel) et serpentent, depuis la frontière française au sud, au nord de l’Alsace, jusque Coblence. Plus d’un quart d’entre elles se situent sur les coteaux vertigineux et bien exposés qui surplombent le fleuve, sur des sols pauvres composés de schistes dont l’une des vertus est de retenir la chaleur pour la restituer à la vigne.

Les vignobles les plus réputés sont concentrés dans la Moyenne Moselle où l’on trouve les célèbres communes viticoles de Bernkastel et Piesport. En amont, les vallées de la Saar et de la Ruwer, plus fraîches, donnent des vins souvent plus légers et vifs.

C’est le cépage riesling qui fait la notoriété des vignobles de Moselle, donnant un vin blanc d’un éclat et d’une pureté singulière. Des vendanges traditionnellement tardives et l’interruption de la fermentation expliquent la fréquente présence de sucres non fermentés dans les rieslings de la Moselle, et les degrés d’alcool y sont très légers.

Les meilleurs Rieslings sont appréciés jeunes, pour leur légèreté et leur fraîcheur, mais aussi pour leur faculté à se transformer, avec l’âge, en vins fascinants et complexes. Les années ensoleillées, les vins de qualité Auslese ou supérieure reflètent l’équilibre exquis et unique au monde entre fruit, sucre et acidité.

 

AXEL PAULY

La région de Hesse Rhénane représente un quart de la superficie viticole allemande. Les meilleures parcelles, connues sous le nom de Rheinterrasse (« la terrasse du Rhin »), s’étendent à l’est de la région – de Mettenheim, au nord de Worms, via Nierstein jusqu’à Bodenheim, au sud de Mayence. Dans ces sites privilégiés, le climat est plus doux que dans les régions situées plus à l’ouest et les raisins en tirent une maturité supérieure.

La Rheinterrasse produit ainsi les rieslings parmi les plus charpentés du pays, dans un style qui évoque ceux du Rheingau mais à prix bien plus doux. D’autres zones de production connaissent un regain de popularité comme les villages d’Ingelheim et de Bingen, sur les flancs des collines faisant face au Rheingau, désormais reconnus pour la qualité de leurs vins.

La Rheinhessen est actuellement une des régions viticoles les plus dynamiques d’Allemagne. Les nouveaux producteurs font preuve d’un éclectisme et d’un esprit d’innovation qui tranchent avec les habitudes des aînés. Le müller-thurgau, qui produit d’abord des vins doux et bon marché, a régressé au profit d’autres variétés dont le riesling mais aussi le dornfelder, le portugieser, le spätburgunder ou le grauburgunder.

DREISSIGACKER

Une viticulture de climat frais

Le vignoble allemand couvre un peu plus de 100 000 hectares, répartis entre 13 régions viticoles (les Anbaugebiete) situées essentiellement dans le sud-ouest du pays, le long du Rhin et de ses principaux affluents. Sous un climat frais où la maturité du raisin n’est jamais une évidence, les producteurs ont dû, et de tout temps, sélectionner avec soin les cépages et les sites les plus adaptés à la viticulture. Si les vignobles productifs sont plantés en plaines, les meilleurs sont situés le long des vallées, sur des coteaux escarpés où les vignes profitent d’expositions privilégiées et de l’influence régulatrice des fleuves.

Avec plus de 60% de la production, les vins blancs dominent toujours la production. Le riesling et le müller-thurgau (riesling x madeleine angevine), qui ont l’avantage de posséder des cycles végétatifs courts, occupent à eux seuls un tiers du vignoble. Le sylvaner a fortement régressé au profit du pinot gris (grauburgunder ou rulander) et surtout du pinot blanc (weissburgunder), en pleine ascension. Mais le fait majeur de la dernière décennie est la progression des vins rouges, en volume comme en qualité, qui a profité au pinot noir mais aussi au dornfelder.

Le renouveau
allemand

A partir des années 1970, l’Allemagne s’est fait connaître par son liebfrauenmich, un vin blanc demi-sec ou doux, produit en gros volume et très exporté. Plus ou moins édulcorés, ils ont fini par lasser et les producteurs allemands ont dû adapter leur production aux exigences d’un public plus exigeant. Depuis les années 1990, les progrès ont été impressionnants, souvent initiés par les domaines historiques (association VDP) et relayés maintenant par des jeunes producteurs très bien formés, dynamiques et créatifs.

Même s’ils restent trop peu connus en France, les grands rieslings du Rhin et de la Moselle sont bien de retour dans un style qui n’appartient qu’à eux, fait de limpidité, d’intensité avec un équilibre sucre / acidité très séduisant. Le pinot gris et le pinot blanc ont le vent en poupe.

Dans les régions du sud (Bade, Palatinat) et en Hesse-Rhénane, ils produisent des vins amples, parfois élevés en fûts, qui renouvellent le style traditionnel des blancs allemands. Quant au pinot noir qui donnait il y a peu un vin pâle et dilué, il fournit à présent dans les régions les plus chaudes des rouges mûrs, supportant sans mal un élevage sous bois.