À la découverte des grands vins du monde

Argentine

Le profil et l’image d’un pays viticole peut se modifier dramatiquement dans l’espace d’une génération. Au début des années 1980, l’Argentine produisait surtout des quantités importantes de vins rosés, sans grâce ni notoriété, destinés à étancher les soifs locales. Quelques vingt ans plus tard, on goûte, à côté de blancs charmeurs, des rouges profonds, charnus, puissants, à la fois mûrs et équilibrés, et Mendoza est devenu un nom familier de beaucoup d’amateurs de vins. Entre temps, l’Argentine a fait sa révolution viticole : vignoble réduit, encépagement revu, filière largement modernisée et formidable dynamisme commercial. Evidemment l’Argentine possédait quelques atouts de taille : un savoir-faire local hérité d’une vieille tradition viticole remontant au XVI ème siècle, des terres et une main-d’œuvre bon marché, et une géographie bien adapté à la production des vins de grande qualité.

Les régions et les domaines

Mendoza est la principale région viticole d’Argentine, assurant près de 70% de la production nationale. Au pied des Andes, sur les hauts plateaux, elle offre un paysage saisissant avec cet océan de vignes (160 000 ha) d’où émergent les hauts sommets enneigés. La qualité et l’intensité des vins de Mendoza proviennent d’une combinaison idéale entre un climat très chaud et sec et l’altitude (jusqu’à 1500 m) qui assure une forte amplitude thermique entre le jour et la nuit. Les raisins parviennent toujours à maturité et conservent, grâce aux nuits fraîches, suffisamment d’acidité. L’aridité du climat, en dehors de brefs mais violents épisodes de grêle, peut rendre nécessaire une irrigation qui se fait au goutte à goutte dans les meilleurs domaines.

TERRAZAS DE LOS ANDES CHEVAL DES ANDES

O. FOURNIER  CHANDON

Le miracle argentin

Dans ce vaste pays de 2,7 millions de km2, les 211 000 hectares de vignes à vin se concentrent dans la frange occidentale, sur les contreforts est de la Cordillère des Andes. La vigne, surtout autour de Mendoza, occupe des paysages à perte de vue, sur les hauts plateaux désertiques ou dans des zones plus pentues de piémont. L’aridité constitue le trait dominant du climat, avec des précipitations très souvent inférieures à 300 mm d’eau par an et des températures qui atteignent souvent les 40 degrés en été. L’atout maître argentin tient en un mot : l’altitude. Dans certaines régions, les vignobles peuvent dépasser 2000 mètres. A Mendoza, qui compte pour près de 70% du vignoble argentin, les vignes se trouvent entre 500 et 1500 mètres. A ces altitudes, les nuits sont particulièrement fraîches et les raisins conservent tout leur potentiel aromatique sans être « brûlés » par le soleil. On vendange donc des raisins à la fois sains, concentrés et possédant suffisamment d’acidité. Ce potentiel est longtemps resté inexploité tant que l’Argentine s’est contentée de produire des flots de vins courants en poussant les rendements. Moët et Chandon a joué un rôle pionnier dès les années 1960, mais la plupart des investisseurs sont arrivés au cours des années 90 avec un fort contingent français, venu particulièrement du bordelais, mais aussi des italiens, des suisses, des espagnols, des américains et des voisins chiliens. Aujourd’hui, outre Mendoza qui continue à attirer les investisseurs, de nouveaux vignobles émergent, tels Salta et Cafayate, situés en altitude, ou la Patagonie, à l’extrême sud, au climat frais.

Le vignoble le plus
éclectique du Nouveau Monde

Le vignoble argentin a plus de 450 ans d’existence. L’origine des cépages plantés – espagnole, italienne, portugaise, française essentiellement – illustre bien les différentes vagues d’immigration européenne depuis le XVI ème siècle. Les cépages traditionnels destinés aux rosés (25% de la production), criola, cereza et moscatel rosada, ont fortement reculé au profit de variétés rouges. Le malbec, introduit en 1868 par un ingénieur agronome français, Mr Pouget, est devenu le cépage emblématique de l’Argentine. Il s’adapte parfaitement au terroir de Mendoza et donne des vins suaves, mûrs et ronds, très différents de leurs homologues français de Cahors, qui est l’autre grande terre de ce cépage. Derrière, le bonarda (cépage italien de Lombardie), le cabernet-sauvignon, la syrah et le merlot sont les plus plantés, avec une mention pour le cabernet dont les vins offrent un fruité luxuriant et des tanins bien arrondis. En blanc, deux cépages se distinguent : le torrontés qui donne des vins parfois très agréables, aromatiques et souples, et le chardonnay à l’origine de cuvées puissantes, rondes et chaleureuses.
On recense en tout plus d’une centaine de cépages plantés, ce qui en fait le vignoble le plus éclectique du Nouveau Monde. Demain de grands vins issus du tempranillo ou du sangiovese, par exemple, pourraient naître sur les contreforts des Andes. L’avenir s’annonce radieux pour ce vieux vignoble en transition dont la progression récente a été fulgurante et dont les vins possèdent une franche personnalité liée au caractère à peu près unique de leur terroirs de haute altitude.